Interview : Agathe Cagé et « Cartes sur Table » imaginent la France de 2040

photo-agathe-cageAgathe CAGÉ, cofondatrice et présidente du think tank « Cartes sur Table« , signe cette semaine avec Grégoire POTTON un ouvrage intitulé Génération 2040. Manifeste à l’attention des candidats à la Présidence de la République. Elle nous explique la démarche que le think tank a engagé avec ce projet : celui de sortir d’un « horizon court-termiste » de la politique actuelle, de mieux impliquer les citoyens aux décisions publiques et de proposer des solutions alternatives et originales aux problématiques de la France contemporaine. Un appel aux candidats à la présidentielle, qui est aussi un appel à une génération.

PA : Agathe CAGÉ, vous publiez cette semaine, avec Grégoire POTTON, un manifeste à l’attention des candidats à la présidentielle de 2017, quel est son objectif ?

AC : L’horizon des responsables politiques est trop souvent court-termiste. Or cette absence de vision sur le long terme nuit à la qualité des actions à conduire et à la prise de décision. Quelle que soit l’ambition de l’idée avancée, il est encore trop fréquent de se heurter à un « ce sera compliqué », « mais il faudra une majorité », « on ne verra pas les effets avant dix ans ». Si certaines réformes requièrent du temps, c’est l’horizon court-termiste lui-même qui est souvent l’obstacle premier à l’engagement de transformations radicales. Là où l’homme politique pense à sa prochaine élection, l’homme d’État se consacre à la prochaine génération.

Le projet Génération 2040. Manifeste à l’attention des candidats à l’élection présidentielle réunit autour de lui une équipe de jeunes adultes, partis dans toute la France à la rencontre de dizaines d’interlocuteurs, de tous âges et de tous bords politiques, simples citoyens et responsables politiques, intermittents du spectacle et directeurs de théâtre, responsables associatifs et chefs d’entreprise, étudiants et retraités, néophytes et experts, demandeurs d’emploi et salariés. Nous avons testé auprès d’eux nos idées, sollicité leur contradiction, entendu leurs points de vue.

Afin d’éclairer nos concitoyens sur le monde qu’ils entendent bâtir, nous demandons maintenant aux candidats à l’élection présidentielle, qui portent pour ambition de prendre la tête de l’État pour conduire les destinées du pays, de se prononcer sur nos propositions. Nous publierons leurs réponses à partir du 2 novembre prochain. Chacun pourra s’en saisir.

Mettre la démocratie dans l’entreprise au service de la croissance et de l’emploi

PA : Quelles en sont les idées-forces et les principales propositions ?

AC : Transition écologique, emploi, réforme de la justice et des institutions, vivre-ensemble, nous traçons, dans Génération 2040, le chemin vers une société différente pour demain, pour sortir enfin du marasme social, économique et démocratique.

Nous nous inscrivons dans une démarche volontariste qui repense les vecteurs de décisions et compte plus sur l’engagement de tous que sur la vue éclairée d’un seul. Nous croyons en la puissance d’action citoyenne au sein d’une Europe politique, nous avons confiance dans les opportunités offertes par la finance participative et la société de l’innovation. Nous voulons contribuer au renouveau démocratique.

Parmi les propositions que je retiendrais, il y a celles qui contribueront à la révolution de l’emploi, qui devra conjuguer l’ambition de la qualité de vie et de l’emploi pour tous. A titre d’illustration, la promotion du modèle des sociétés coopératives de production, entreprises dont le mode de gestion participatif implique l’ensemble des salariés, permettra de mettre la démocratie dans l’entreprise au service de la croissance et de l’emploi et participera de la redynamisation de l’activité industrielle française. Nous proposons également le développement, aux côtés de Paris, d’une deuxième et d’une troisième ville de taille critique, c’est-à-dire d’au moins trois millions d’habitants. Il pourrait s’agir de Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse ou Lille. A travers cette dynamique nouvelle et en valorisant le potentiel de l’ensemble de nos régions, nous offrirons aux étudiants et aux salariés des alternatives à la région parisienne et améliorerons leur cadre et leur qualité de vie.

Un droit au temps partiel citoyen et associatif

PA : Vous évoquez la question du renouveau démocratique. Concrètement, quelles formes peut-il prendre ?

AC : Le renouveau démocratique prendra la forme d’un rapport différent, plus collectif, plus pragmatique, plus créatif à la politique. La génération des 20-35 ans doit s’engager pour porter dans le débat public une ambition nouvelle : une ambition politique sans visée électoraliste, une ambition collective et non individuelle et une ambition qui s’inscrive dans le temps long. L’enjeu est fondamental : il ne s’agit rien de moins que de recréer les conditions de la confiance entre gouvernants et gouvernés.

Le renouveau démocratique passera aussi par, demain, un Parlement aux visages différents. C’est pourquoi nous mettons dans le débat l’idée d’ouvrir un droit au temps partiel citoyen et associatif, permettant à des salariés de réduire leur temps de travail pour s’engager dans un projet associatif, politique, entreprendre et créer de l’emploi ou encore faire du bénévolat, afin d’encourager la participation de la société civile à la vie politique. Nous défendons également le projet de l’élection sur chaque circonscription d’un binôme paritaire de députés, l’un chargé de siéger quotidiennement à l’Assemblée nationale, l’autre de sillonner le territoire et d’aller à la rencontre des électeurs. Nous aurons ainsi des élus à la fois plus proches des réalités et des besoins des citoyens et plus engagés dans le travail parlementaire.

L’âge moyen des représentants politiques et syndicaux est, par exemple, passé, entre 1982 et 2000, de 45 à 59 ans.

PA : Vous affirmez vouloir faire des jeunes des acteurs de premier plan du débat public, quels sont selon vous les freins à une meilleure implication de la jeunesse dans la vie politique ?

AC : Nous sommes confrontés en France à une vraie sous-représentation des jeunes dans les structures parlementaires, partisanes et associatives. L’âge moyen des députés élus en juin 2012 était de 54 ans. Et la situation s’aggrave depuis 30 ans. L’âge moyen des représentants politiques et syndicaux est, par exemple, passé, entre 1982 et 2000, de 45 à 59 ans.

Les jeunes ne doivent pas seulement être un sujet de politiques publiques. Ils doivent en être des acteurs majeurs car ils ont vocation à être parties prenantes de tous les débats, des conditions de l’insertion sur le marché du travail à celles de la prise en charge des personnes âgées. C’est pourquoi il faut réfléchir aux meilleurs moyens de faciliter et d’encourager l’engagement des jeunes dans les processus décisionnels. Mais c’est surtout pourquoi la génération des 20 à 35 ans doit être consciente qu’il lui appartient de prendre dès à présent ses responsabilités.

PA : Si vous aviez une crainte en imaginant la France de 2040, quelle serait-elle ?

AC : Que nous continuions à nous poser exactement les mêmes questions qu’aujourd’hui faute d’avoir su y apporter les bonnes réponses.

PA : Et si vous aviez un espoir, ce serait… ?

AC : Que la société française de 2040 soit une société dans laquelle les énergies positives et les initiatives citoyennes s’épanouissent, et les actions et les mécanismes de solidarité locaux puissent s’exprimer. Que nous ayons, autrement dit, su collectivement dépasser le temps des replis individualistes.

En savoir plus : Génération 2040 : le manifeste de « Cartes sur Table »

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