Une reconversion journalistique pour S. Le Goff

Photo_LegoffPORTRAIT. Samuel LE GOFF est aujourd’hui journaliste pour le magazine professionnel en ligne « Contexte », spécialisé dans l’information des décideurs. Mais Samuel LE GOFF s’est d’abord fait un nom en arpentant les couloirs du Palais Bourbon. Collaborateur du Député Lionel TARDY (UMP, Haute-Savoie, 2e), il se fait connaître en tant que créateur du blog « Les Cuisines de l’Assemblée » qui met en lumière les rouages de la mécanique parlementaire (désormais animé par Pierre JANUEL et Brice LACOURIEUX).

Aujourd’hui journaliste, vous avez exercé pendant 11 ans le métier de collaborateur parlementaire, pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Samuel LE GOFF (SLG) : J’ai effectivement exercé de 2002 à 2013 les fonctions de collaborateur parlementaire, pendant les trois premières années en circonscription, puis les huit suivantes à l’Assemblée nationale, avec trois députés différents. J’ai ainsi débuté ma carrière en Bretagne aux côtés de Marc LE FUR, qui m’a offert ma première expérience (UMP, Côtes d’Armor, 3e). J’ai en 2005 l’opportunité de découvrir le Palais Bourbon, au côté d’un député de l’Hérault pendant deux ans, mais l’essentiel de ma carrière se déroule de 2007 à 2013, au cours des six années passées au côté de Lionel TARDY (UMP, Haute-Savoie, 2e) à Paris.

Fort de ces différentes expériences, quelles différences avez-vous observé entre le travail parlementaire à Paris et en circonscription ?

SLG : À mes débuts, dans les Côtes-d’Armor, mon travail était principalement axé sur la relation du député avec ses concitoyens. Je traitais énormément de dossiers individuels, qu’il s’agisse de particuliers, de sociétés ou d’associations, qui en appelaient au parlementaire pour les accompagner dans leurs projets. Par ailleurs, je me suis à l’époque beaucoup investi en tant que militant de terrain. À l’Assemblée, j’ai découvert une toute autre facette du métier, beaucoup plus orientée vers l’accompagnement de l’élu dans son rôle de législateur. La veille sur l’actualité, la participation à l’élaboration des textes de lois, le rôle d’interface entre la circonscription d’une part, et les ministères, ont constitué pour moi les aspects essentiels, et singuliers, du travail de collaborateur parlementaire à Paris.

Vous avez connu trois « patrons », que retenez-vous des différentes pratiques professionnelles que vous avez pu expérimenter avec chacun ?

ITW - LEGOFF - Exergue 2SLG : Il est vrai que j’ai vécu à la fois le travail de circonscription et à l’Assemblée nationale, doublé d’une différence d’approche entre mes employeurs respectifs sur leur rôle de député. Certains considèrent leur mandat local comme le cœur de leur activité, quand d’autre prennent à bras le corps leur mission de législateur. En l’occurrence, mon dernier employeur, Lionel TARDY, a déployé énormément d’énergie dans le travail législatif, principalement sur la question du numérique, qui était alors au cœur des débats, notamment avec la loi « Hadopi ». Ce fut une véritable chance pour moi de m’engager à ses côtés : l’investissement de mon député dans le débat sur le numérique m’a permis de développer une véritable expertise dans le domaine.

Alors, justement, l’originalité de votre parcours tient sans doute de cette opportunité que vous avez su saisir ?

SLG : Je dirais qu’effectivement, l’idéal – à mon sens – pour un collaborateur, est de s’investir auprès d’un élu qui partage des centres d’intérêts similaires, et qui a une capacité d’action dans le cadre de son mandat. C’est cette situation que j’ai pu vivre à ce moment là. En effet, Lionel TARDY s’est très rapidement engagé dans le débat sur le numérique. D’un tempérament curieux, il était sensible aux enjeux (pas toujours bien compris de l’ensemble de ses collègues). Dans son sillage, j’ai pu lui apporter le support technique du travail parlementaire dont il avait besoin pour faire avancer ses idées. En parallèle, j’avais développé un goût prononcé pour les nouvelles technologies et le concours qu’elle pouvait apporter au débat politique, comme les blogs ou les réseaux sociaux, véritables nouveautés dans l’espace public à ce moment là. C’est alors qu’effectivement, par les auditions que nous avons réalisé, le travail de veille sur l’évolution du numérique que j’ai pu réaliser, j’ai eu l’occasion de participer activement au débat aux côtés de mon élu.

D’où votre passage de la théorie à la pratique avec les « Cuisines de l’Assemblée » ?

SLG : On peut dire cela comme ça oui ! Engagé sur les questions du numérique, j’en ai appréhendé les applications et j’ai souhaité m’en saisir. C’est comme cela qu’est né le blog « Les Cuisines de l’Assemblée ». Du moins, c’est un faisceau d’idées qui m’a conduit à me lancer dans cette aventure. Certes, les questions numériques, centrales dans mon quotidien, m’ont naturellement porté vers le « blog » en tant que « média ». Surtout, il s’agissait aussi des effets cumulés d’une véritable appétence pour l’écriture et du constat d’un manque d’information, y compris des observateurs les plus avertis, sur les rouages de l’institution parlementaire.

Aujourd’hui les « Cuisines » figurent parmi les blogs qui traitent de politique qui sont les plus lus, comment expliquer ce succès ?

SLG : À l’origine, le blog est lancé en 2009. Il s’agit surtout de présenter les mécanismes institutionnels de notre « maison », à l’occasion de faits d’actualité se déroulant dans l’hémicycle, et qui méritaient parfois quelques explications de texte sur leurs tenants et leurs aboutissants. Le blog a connu d’abord une certaine visibilité chez les collègues de l’Assemblée, les collaborateurs et aussi, beaucoup, les fonctionnaires du Palais Bourbon. Booster par les réseaux sociaux, notre audience a progressé. Il faut alors remonter à un évènement précis, quoique profondément difficile, qui a donné une vraie notoriété au blog : le 15 mars 2011, Patrick ROY, député du Nord, s’exprime alors pour la dernière fois en séance publique. Atteint d’un cancer, il revient brièvement dans l’hémicycle, pour prononcer une courte allocution, empreinte d’une émotion qui gagne tous les bancs de l’Assemblée. Nous sommes alors les seuls à disposer des images de ce discours, que nous postons sur le blog. L’émotion suscitée par le témoignage de ce député, haut en couleur (il était connu pour porter des vestes rouges !), gagne toute la France, en quelques jours la vidéo est ainsi consulté 120 000 fois sur notre blog.

Il n’est pas toujours aisé d’écrire en « insider » sur l’institution qui, en quelque sorte, vous emploie. Avez-vous rencontré des résistances ?

SLG : Pas toujours facile, effectivement, d’aller au bout de ses idées, lorsqu’on est collaborateur d’un parlementaire et que l’on parle du fonctionnement de l’Assemblée ! Une des premières difficultés a été de dépasser les clivages partisans, pour parler de « fonctionnement » et non de « politique ». C’est pour cela qu’assez rapidement je rencontre un collaborateur parlementaire de gauche : Michaël DUDRAGNE. Très actif sur les réseaux sociaux, nous nous rencontrons en 2010, et une collaboration naît au-delà des clivages, autour de ce projet. Cette situation nous permet de libérer davantage nos expressions, en profitant de cette « bipolarité » pour prendre plus facilement la plume pour évoquer les sujets concernant la majorité ou l’opposition. Cependant, je dois dire que l’accueil réservé à ce blog a été très globalement positif : il s’inscrit véritablement dans une démarche d’information, pédagogique je dirais même, qui sert tous les membres de la « maison » : députés, collaborateurs et fonctionnaires.

Une belle aventure, donc, qui a pris fin en même temps que vos fonctions, en 2013 ?

ITW - LEGOFF - Exergue 1SLG : Ce fut effectivement la fin de mes interventions dans le blog, mais pas la fin du blog ! Pierre JANUEL et Brice LACOURIEUX ont repris la main, et continuent avec brio de faire vivre ce blog jusqu’aujourd’hui.

Quant à moi, j’ai effectivement quitté mes fonctions à l’Assemblée en 2013, à l’issue d’une sortie « négociée » avec mon député-employeur. Il faut dire qu’après 11 années d’exercice, il était temps de passer à autre chose ! Le métier de collaborateur d’élu a cette particularité que, dès lors qu’on maîtrise les différentes facettes de nos postes, la possibilité de progression demeure toutefois plafonnée.

Alors, cela nous amène à votre « reconversion », comment celle-ci s’est déroulée ?

SLG : Eh bien, c’est assez « logiquement », si je puis dire, que j’ai changé de métier… ! Fort d’une certaine notoriété acquise avec le blog, je disposais à la fois d’une connaissance solide de l’institution et des pratiques parlementaires, tout en ayant acquis une expertise en matière de questions numériques. Je suis alors contacté par les dirigeants de « Contexte » (ex-Euractiv.fr) un magazine d’information dédié aux décideurs nationaux. Ils me confient alors la mission de suivre les débats à l’Assemblée nationale pour le compte du site, et de me concentrer en parallèle sur l’évolution des débats politiques et techniques sur les questions numériques. J’ai alors débuté cette nouvelle expérience en 2013.

On peut parler, en ce qui vous concerne, d’une reconversion particulièrement réussie ?

SLG : Disons qu’il n’est pas toujours aisé, pour les collaborateurs parlementaires, bien que dotés de compétences solides, de s’orienter vers un « après ». Or cette question est fondamentale dans une carrière nécessairement liée aux aléas politiques, à l’alternance, comme l’on connu les collaborateurs parlementaires de droite en 2012, ou les collaborateurs de gauche en collectivités avec les élections municipales de mars dernier. Comme c’est le cas dans beaucoup de métiers aujourd’hui, il convient d’anticiper, sinon sa reconversion, du moins une évolution. Et plutôt que d’attendre le moment où il faudra partir, j’ai pris le parti de me projeter, de définir ce qui, dans mes activités du quotidien, peut constituer un point fort à développer en vue d’une évolution professionnelle réussie… Je retiendrai qu’il n’y a pas de « sortie » véritablement préfabriquée, il faut se créer ses propres opportunités !

Propos recueillis par Politic’Arts

 

Cités dans cet article :

Les Cuisines de l’Assemblée nationale

Contexte

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